Force, puissance, pouvoir - 2 - Le Roi et le Guerrier

  • Le Klebs
  • 4 juillet 2026

Suite du petit exercice de différenciation en trois parties sur la force (première), la puissance et le pouvoir. Deuxième partie : du point de vue des archétypes de Robert Moore. 


Le thérapeute Jungien américain Robert Moore peut nous aider à aller encore plus loin en utilisant les archétypes qui d'après lui structurent notre psyché.

Nous sommes tous traversés par quatre énergies psychiques archétypales particulières qui structurent notre psyché : Roi, Guerrier, Magicien, Amant. Ce ne sont pas des types de personnalité figés, pas question de se dire "je suis un Guerrier" comme on porterait un t-shirt. Ce sont des modèles de comportement, des patterns universels, des matrices d'énergie qui peuvent se déployer de façon mature et constructive, ou au contraire de façon immature et destructive. Chacune a ses lumières et ses ombres.

Deux se rapportent plus précisément aux questions liées à la force, la puissance et le pouvoir : les énergies archétypales Guerrière et Royale, qui sont chacune à la fois masculine et féminine, et que chacun, homme ou femme, porte en lui ou en elle.

Le Guerrier est l'archétype de la force organisée par la puissance

L'énergie archétypale du Guerrier ou de la Guerrière (mettez le genre que vous voulez, de toutes façons c'est les deux et nous avons tous cette énergie) nous apporte la capacité à agir, à être dans l'action. De toute évidence, le Guerrier dispose de la force, qui lui donne cette capacité concrète d'intervenir sur le monde.

Le Guerrier dans sa plénitude n'est pas simplement quelqu'un de fort. Il a discipliné sa force, l'a entraînée, l'a mise au service d'une direction précise. C'est la définition de la puissance : la force différenciée par un sujet, orientée vers une fin. L'archer de l'image ci-dessus, c'est le Guerrier.

Cependant, le Guerrier ne décide pas de la cause qu'il défend. Il est au service. Son énergie est orientée vers quelque chose qui le dépasse : une mission, une valeur, un Roi, une Reine. Le Guerrier est puissance sans pouvoir, au sens où il n'est pas le souverain. Sa grandeur est précisément de ne pas chercher à l'être. Il est cependant au service du souverain.

Le Guerrier a deux ombres.

  • L'ombre active, c'est le Sadique : la force sans puissance. L'énergie combative est immense, mais la discipline et l'orientation ont disparu. La force se déploie sans direction, blesse, fracasse, construit par accident et détruit par inadvertance. L'aveugle armé décrit plus haut.
  • L'ombre passive, c'est le Masochiste : la force qui refuse de s'engager, se dérobe, se retourne contre celui qui la porte. Pas une absence d'énergie, une énergie paralysée ou retournée contre soi. La capitulation, la paralysie, l'autodestruction.

Le Roi est l'archétype du pouvoir légitime parce qu'habité par la puissance

Là où le Roi et la Reine sont présents, les choses se mettent en place, les énergies s'organisent autour d'un axe. Leur sens d'eux-mêmes ne dépend pas du trône. Ils sont solides et stables de l'intérieur, du dedans. Ils n'ont pas besoin de menacer pour que les autres les suivent. Leur pouvoir est légitime précisément parce qu'il repose sur une puissance réelle. Il tient du dedans. Et cette cohérence intérieure produit une autorité que les autres reconnaissent, non par contrainte, mais par quelque chose qui ressemble à de la confiance. C'est l'énergie Royale qui donne au Guerrier la vision qui lui permet de savoir vers quoi orienter sa force.

Le Roi a deux ombres : 

  • Le Tyran, ombre active du Roi, a le pouvoir sans puissance. Il a le trône, mais le trône le tient. Il utilise la force que lui confère sa position pour éliminer, contrôler, réduire. C'est de la survie plus que de la cruauté structurelle. Il gouverne par peur parce qu'il a peur. De par sa position, il peut orienter l'énergie Guerrière à son service propre plutôt qu'à celui du Royaume, créant le chaos plutôt que l'ordre juste.
  • Le Faible, ombre passive du Roi n'a ni puissance ni pouvoir. Il abdique, se dérobe, refuse la responsabilité. Il "refuse son destin". Il a peut-être de la force, de l'énergie, mais il ne l'organise pas (pas de puissance) et ne l'exerce pas dans le champ social (pas de pouvoir). Il refuse le trône, non par sagesse mais par peur.

La complémentarité Guerrier-Roi comme complémentarité force-puissance et pouvoir

Un adulte porte les quatre énergies archétypales. Idéalement, elles s'équilibrent se synergisent, chacune dans la lumière plutôt que dans l'ombre. Bon, la vérité, c'est que c'est rarement le cas et qu'il faut beaucoup de travail sur soi pour que ces énergies s'équilibrent dans une personnalité stable.

Cependant, Moore insiste sur les relations entre les archétypes, qui sont particulièrement structurantes. Ces deux archétypes-là sont complémentaires, et leur relation est précisément celle de la puissance-force et du pouvoir.

Le Roi sans Guerrier a du pouvoir et de la puissance, mais pas de force disponible pour agir. C'est le Vatican vu par Staline, puissant, légitime, mais sans divisions (rappel : Staline a dit pendant la guerre : "Le Vatican ? Combien de divisions ?"). Le Guerrier fournit la force et la puissance d'exécution que le Roi oriente.

Le Guerrier sans Roi a de la force et de la puissance, mais sans mandat légitime, sans direction supérieure. C'est une énergie excellente mais potentiellement dangereuse, un mercenaire en quête de cause. La puissance du Guerrier ne trouve son plein sens qu'au service d'une mission royale. Sinon, c'est Staline vu par le Vatican !

Le pouvoir (Roi) a besoin de la force et de la puissance (Guerrier) pour s'exercer concrètement. Et la force et la puissance (Guerrier) ont besoin du pouvoir (Roi) pour savoir pour quoi elles s'exercent.

Oui mais, le thérapeute là-dedans ?

La suite bientôt.