L'IA qui chante, c'est quoi ? De la m... ?

  • Le Klebs
  • 5 septembre 2026

L'autre jour, c'est-à-dire tout à l'heure, quelqu'un a partagé dans un groupe une chanson sur Spotify qu'elle avait trouvée chouette. 

Emojis coeurs 💗 Gratitude 🙏 La vie est belle ✨

Plusieurs personnes l'ont aussi appréciée.

Jusqu'à ce que quelqu'un dise : ta chanson, c'est 100% de l'IA.

Surprise générale ! Merde alors ! On m'aurait trompé ? 

J'écoutais vite fait la chanson quand elle fut partagée. Une chanson avec beaucoup de paroles. À première vue très élaborée. Un peu pompier à mon goût, mais bon... les goûts, hein... Pas vraiment pris le temps.

À la lecture du message affirmant que c'était de l'IA, là j'ai tilté. En effet, c'était clairement de l'IA. Et la personne (merci) a partagé plein d'autres exemples (et aussi ici), dont certains avec des tonnes d'écoutes. Des millions de gus s'éclatent sur un machin visiblement automatisé à 100% pour qui prête un peu l'oreille (ici). 

Comment reconnaître un truc créé avec l'IA d'un vrai truc humain ? Ça devient compliqué si on ne fait pas vraiment attention.

Faire attention. Prendre le temps. Aiguiser son esprit critique. Une denrée rare, ça, l'esprit critique.

En même temps (parce que c'est notre projet), est-ce que c'est un problème d'apprécier un truc fait avec de l'IA ?

Bah, moi... vous me connaissez... je juge pas, hein (quel faux-cul !). 

Mais bon... Disons les choses quand même... Tout le monde le sent bien que c'est un peu merdeux. Alors, pourquoi le nier ?

Ah ! Pour pas blesser. On va y revenir.

La substitution du naturel par l'artificiel, ça date pas d'hier. Tenez, ça va finir qu'on sera tous des faussaires. Pour en sortir c'est du délire, c'est un vrai casse-tête !

Ça date pas d'hier, mais ça s'accélère et ça descend plus profond dans les strates de notre expérience.

Où va-t-on ? Ferré était-il visionnaire quand il chantait : en l'an 2000, plus de musique ! (Mister Giorgina) ?

Là, avec les chansons, on parle de création artistique. Et on peut prendre un moment pour se demander ce qui nous restera d'authentique quand l'art aura été entièrement remplacé par l'artifice. 

Rassurez-vous... pas grand-chose.

C'est ce que vous avez voulu, non ? Puisque vous ne vous y êtes pas opposés. Vous n'avez pas dit non. Comme vous n'avez pas dit non à plein d'autres trucs. On va pas faire la liste. Si personne n'ouvre sa gueule, ça dévisse vers le mou, le gluant, et ça finit en eau de boudin... Du pas beau à voir.

On trouve ce phénomène dans tous les domaines créatifs, qui deviennent de plus en plus pseudo-créatifs, au sens où c'est la machine qui crée à la place de l'humain.

C'est-à-dire qu'il n'y a plus vraiment de création, mais une reconstruction statistiquement automatisée de ce qui existe déjà, avec un degré de complexité dans la combinatoire qui masque suffisamment l'automatisation pour que ceux qui n'ont pas la culture de la façon dont la création se fait dans ce domaine, et donc pour qui il est plus difficile de reconnaître l'artifice, ne puissent pas faire la différence avec la création authentique.

D'accord, c'est une longue phrase. Relisez-la deux ou trois fois, et on se retrouve ici. J'écris pour un lectorat exigeant.

Parce qu'au fond, la création artificielle, c'est pas de la vraie création.

C'est comme la viande artificielle. Au départ, on sait bien que ça n'est pas vraiment de la viande. On connaît la différence. Mais à force, on finit par faire comme si. On prend le raccourci. On prend pas le temps. On ne fait plus attention. Et puis, à la fin, on ne fait plus la différence non plus.

Si bien qu'un jour, si tu dis à un gus : "mais c'est pas de la viande ton truc !", le gus te répondra que t'as pas le droit de dire ça, que bien sûr que c'est de la viande. Et finalement, c'est toi qui auras tort et qui seras un pauvre idiot. Parce que les temps auront changé, et que ce qui n'était pas de la viande hier, aujourd'hui, c'en est. Et toi, tu es resté à hier. Alors tu n'as pas droit à la parole, parce que tu es devenu ringard. Sans t'en rendre compte.

Ça s'appelle résister. Les autres, ils disent que ça s'appelle devenir un vieux con.  

L'intelligence artificielle ne ment pas sur un truc : elle est artificielle. C'est pas de la vraie intelligence. Mais si on oublie cet adjectif, artificiel, et qu'on délègue à cette fausse intelligence notre pouvoir de décision, on va pas s'en apercevoir tout de suite, mais à la fin, on se rendra compte qu'elle ment sur tout le reste, parce qu'elle nous aura mis franchement dans la merde. Encore une phrase longue. Vous êtes courageux.

Elle ment parce qu'elle a été créée comme ça. Elle va reproduire de façon particulièrement subtile tous nos petits mensonges et nous les resservir comme des vérités avec un léger goût bizarre, proche du dé-goût.

Aurions-nous créé l'intelligence artificielle pour nous observer nous-mêmes, sous un autre angle ? Afin de parvenir à nous voir. Enfin ! Mais que se passe-t-il en moi ? Demande à l'IA.

Ça me rappelle le cinéma. L'illusion au service de la prise de conscience.

Je te crée un tour de passe-passe avec la lumière, et hop, je te raconte tellement bien une histoire que tu y crois vraiment. Le temps que le générique de fin apparaisse. Le mythe devient vivant pendant un moment. Le temps de la possibilité d'une prise de conscience. Saisiras-tu cette occasion pour grandir un peu ou pour régresser dans le loisir, dans la diversion, le divertissement ?

Le cinéma est un mensonge formel qui porte des vérités profondes. Tu peux le vivre comme un divertissement, et pas grand chose ne change en toi. Ou comme un voyage, et là tu changes un peu. Tu évolues.

C'est comme un rêve. Tu le prends au sérieux ou tu hausses les épaules et tu passes à autre chose ?

Artificiel. C'est le contraire de naturel. Donc si tu délègues ton pouvoir à un truc artificiel, tu délègues ton pouvoir à un truc qui est le contraire de naturel. Ne viens pas te plaindre, pauvre couillon, que ce truc finisse par te bouffer le cerveau jusqu'au fondement.

L'arnaque est inscrite dans les mots, mais les mots, c'est nous qui choisissons de les utiliser et d'y croire. Et le temps fait son oeuvre.

C'est la même chose dans la nourriture, avec la fausse viande, le faux lait, etc. Donnez le pouvoir aux ingénieurs quelque part, ça commence par la moissonneuse-batteuse, ça finit avec la viande de soja. Ou avec Soleil Vert (des petits gâteaux d'humains dont on raffole). Entre-temps, les financiers leur ont pris le pouvoir en loucedé, aux ingénieurs.

Le pognon. Toujours le pognon.

On n'a pas su dire stop quelque part en chemin, ni même contrôler le vocabulaire. Non, ce n'est pas du lait. Non, ce n'est pas de la viande. Non, ce n'est pas de l'intelligence. Non, ce n'est pas de l'art.

Ça me fait penser à Jean-Pierre Coffe qui disait "Mais c'est d'la merde ça !" en balançant la Knackie dans une poubelle. Remarque c'était à l'époque où Jack Lang, le père de l'héritière du philanthrope Jeffrey, considérait que les tags sur les métros c'était de l'art. Quand on accepte que la merde soit partout sur les murs, faut pas s'étonner qu'un peu plus tard on la retrouve dans nos oreilles, nos assiettes, nos yeux, etc.

C'est une pente fâcheuse. Une vraie épidémie.

La définition de l'art, c'est un truc trop important pour le laisser aux philosophes. Surtout certains qu'on ne nommera pas.

Il ne faut pas avoir peur de dire que quelque chose est de la merde, quand c'en est. Sûr, ça va gêner ceux qui ramassent la thune, et agacer ceux qui se sont fait duper. Mais si personne ne leur dit, la duperie continue.

Utiliser l'IA n'est pas un problème. Le problème c'est de lui laisser la main sur tout le processus, y compris le produit fini. L'IA est là pour nous assister, pas pour nous remplacer.

Si tu laisses le robot décider de ta vie à ta place, tu vas avoir une vie de robot. Choisis ton camp, camarade.

Les guignols qui poussent vers la masse des trucs produits entièrement avec l'IA sont de gros dégueulasses qui exploitent la liberté qui nous reste pour tenter de nous faire bouffer de la merde. Voilà pour le côté pile.

Côté face, la liberté qui nous reste nous permet de ne pas consommer cette merde. Mais encore faut-il l'utiliser, cette liberté. Savoir dire non.

Et comme on est tous tellement des gentils, on n'ose pas dire que c'est de la merde pour pas blesser ceux qui trouvent ça bon, bien, ou beau, mais à qui il manque simplement la culture pour reconnaître la vraie nature des choses qu'on leur pousse dans la bouche, dans les yeux, dans les oreilles.

Or la culture, c'est une question de milieu social, d'éducation, et d'efforts. Si t'as pas reçu les deux premiers, va falloir beaucoup des troisièmes.

Je sais, c'est injuste. On n'est pas coupable de ne pas avoir reçu la culture, mais jusqu'à un certain point. Il est aussi permis de s'éduquer tout seul et ça devient de plus en plus facile, même si c'est pas pour tout le monde. La vie est longue. On n'est pas obligé de rester un produit du système toute sa vie.

Note bien, cher lecteur, que refuser quelque chose pour quelque chose de meilleur, ça demande de savoir dire non. Or savoir dire non, c'est aussi quelque chose dont on hérite. Si on n'a jamais été encouragé à dire ce genre de non, c'est plus dur d'apprendre ça sur le tard. 

A ce sujet, on regardera avec intérêt cette vidéo, même si on n'est pas musicien. 

Tiens, j'y pense, quelqu'un a dit que savoir dire un vrai non c'est un truc de mec. De père même. Oh, je vous vois venir ! Faites pas chier avec le patriarcat, c'est pas le moment. S'il y avait plus de pères, les filles sauraient exprimer un vrai non. Mais on n'a pas beaucoup de pères, et des vrais, encore moins. Bref, c'est un problème complexe. 

Dire à quelqu'un : "la musique que t'écoutes, c'est de l'IA, donc probablement de la merde", c'est violent. Mais ne pas lui dire, quand on sait que c'est vrai, c'est quoi ?

Une démission. C'est une mère qui laisse son gamin des heures devant la télé (dans les années 80) et avec une tablette ou un smartphone (aujourd'hui), sans rien contrôler.

Elle n'a pas le temps. Elle est débordée. Elle a plein de bonnes raisons qui font que c'est pas de sa faute. Et le père, il est où ? Pareil. Avec de bonnes raisons aussi. Remarque, souvent, y'a pas de père du tout, alors le problème ne se pose même pas.

De toute façon, le plus souvent, y'a personne. C'est la démission générale. Le gamin, il bouffera de la merde par la bouche comme par les yeux et les oreilles. Il n'aura pas reçu l'éducation. Ni la culture. Et sûrement pas la vraie culture du non, le non au moins bien pour le mieux, et pas juste le non pour le non.

À qui la faute ? Personne. On veut blesser personne. On est gentil. C'est juste une descente collective vers le chaos.

Soit on se fait une raison et notre monde devient de plus en plus un simulacre. Soit on devient exigeant et on apprend à dire non de plus en plus souvent, en assumant de pas être gentil.

Enfin... de pas être un faux gentil.