Jung et l'homme au chapeau rétrocausal
Vous connaissez certainement Philippe Guillemant. Vous savez, le mec avec un chapeau, scientifique, ingénieur, qui nous explique que le présent n'est pas seulement le fruit du passé mais également du futur.
Je l'ai découvert en 2015. J'étais sérieusement malade. En vrai, je m'en prenais plein la gueule. Mais bien qu'étant au fond de cette maladie, je tenais un fil d'Ariane. J'avais rêvé ma maladie avant qu'elle n'arrive. Et même plusieurs fois. Je n'y avais rien compris, bien sûr. Ces rêves étaient incompréhensibles avant. Mais quand la maladie est arrivée, tout en la prenant en pleine poire, ces rêves sont devenus limpides.
La maladie qui t'attrape et te colle à terre, c'est l'épreuve du corps et de l'âme, avec en arrière-plan la mort qui rôde, et la peur, l'angoisse aux tripes. Je croyais avoir un peu de contrôle, comprendre quelque chose à ma vie, piloter mon navire. Et voilà que rien du tout. Mon cul. Macache bono ! Un simple rappel : ce contrôle, cette maîtrise, c'est une illusion utile. Rien de plus. Ta vulnérabilité est totale en réalité. Apprends cette leçon, petit, elle vaut bien un fromage. En l'occurrence un petit morceau d'organe prélevé en acompte par la faculté. Et une cicatrice. Pour la mémoire.
En arrêt maladie, la tête dans l'arrière-train du fait de la fièvre, complètement désorienté, je n'avais rien d'autre à faire que de me morfondre. Mais quand l'intensité a un peu baissé, dans le labyrinthe de la maladie, j'ai suivi mon fil d'Ariane. J'étais malade, certes, sérieusement secoué. Mais des rêves l'avaient clairement montré à l'avance. Symboliquement, tout était là. Mieux encore, la maladie arrivait exactement au moment où je pouvais comprendre le sens des rêves qui l'avait annoncée. Étrange.
Alors quoi ? Était-il possible qu'à l'intérieur de moi, quelque chose savait déjà ?
Comme j'avais vécu énormément de puissantes synchronicités dans les mois précédents et que j'avais du temps, j'ai commencé à chercher des articles scientifiques sur la synchronicité. Je suis tombé sur le documentaire Synchronicity de Jan Diederen, dans lequel le physicien François Martin raconte sa rencontre avec les synchronicités et en discute avec d'autres physiciens. J'ai imprimé son article principal et je l'ai lu passionnément. J'ai continué les recherches et c'est là que je suis tombé sur l'homme au chapeau, Guillemant.
Introuvable aujourd'hui....
J'ai lu ses articles, j'ai regardé ses vidéos, à l'époque il n'y en avait pas beaucoup. Puis j'ai lu ses livres lorsqu'ils sont sortis.
J'adore ce genre de livres. On croit qu'on a compris. Mais on n'a rien compris vraiment. Enfin, on a un peu compris. Le gars déploie des trésors de subtilité pour faire comprendre des trucs qui ne lui sont apparus qu'au sommet de sa longue et précieuse expérience personnelle, dans une vie consacrée à la science et à la technologie. Sa pédagogie marche en partie, mais ce qu'il raconte est tellement pointu que pour réussir, il doit sortir des codes de la science et de l'académie et trouver les mots, les métaphores justes. C'est le genre de livres dont je ne comprends que 25%, mais que je garde en me disant, "dans quelques années, ça me sera certainement utile".
Guillemant a aussi compris qu'il devait aller parler à d'autres gens que les scientifiques pur jus, toucher un public plus sensible, plus large. Et il a raison. Il multiplie les vidéos, parle à tous ceux qui veulent l'entendre, transcende les frontières de la science actuelle, met en danger sa réputation de scientifique en parlant d'EMI, de voyance, d'OVNI.

Image rare de Philippe Guillemant en téléportation quantique
dans le vide d'antimatière rétrocausal suite à l'effondrement
de la fonction d'onde par décohérence
Il faut l'écouter car il a compris quelque chose d'important.
Qui, comme Guillemant, parle de synchronicité rencontre forcément Carl Gustav Jung, le père du concept. Guillemant introduit une notion supplémentaire, la rétrocausalité. Le présent dont nous faisons l'expérience est à la fois la résultante du passé et du futur. Le futur, comme le passé, crée le présent. Pas facile à concevoir pour le pékin lambda dans mon genre. Mais Philippe est là pour nous dire : c'est dans les équations. Y'a pas à tortiller.
Alors ?
Je prends le Livre Rouge. Au hasard.
L'esprit de ce temps nous a condamné à la précipitation. Tu n'as plus de futur et plus de passé quand tu es au service de l'esprit de ce temps. Nous avons besoin de la vie de l'éternité. Dans les profondeurs, nous cachons le futur et le passé. Le futur est vieux et le passé est jeune
(p.228-229)
Bon. Ca nous mène où ça ?
Retour au premier chapitre du Livre Rouge. Enfin, le prologue plutôt.
Si vous avez le Livre Rouge, le grand bouquin ou l'édition portable, et que vous ne l'avez pas vraiment lu (comme beaucoup à mon avis), je vous invite vraiment à lire ce prologue. Tranquillement. Lentement. En vous demandant, pour chaque phrase : qu'est-ce que Jung a bien voulu dire ? Comme on le fait avec un rêve : qu'est-ce que l'inconscient a bien voulu me faire comprendre ici. Quel est l'objet que la lumière de ces images éclaire en moi.
Repensez aussi au contexte. C'était juste avant que n'éclate l'infâme boucherie de la première guerre mondiale. Le ciel était encore bleu, comme les uniformes des poilus. Avant qu'ils ne deviennent sang. Rouge, comme le livre de Jung.
Le moment est venu de se repencher sur cet ouvrage, le ciel est gris mais les nuages au loin sont noirs.
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Carl Gustav Jung
Ayant Guillemant en tête en ouvrant le Livre Rouge, je m'aperçois que le titre du prologue est La voie de l'à-venir, traduit en Anglais The Way of What Is to Come depuis l'Allemand Der Weg des Kommenden.
Kommenden, ce qui vient.
La traduction française est excellente. L'à-venir. Ce qui vient. Et non pas l'avenir. Car au fond, le futur vient. Ce n'est pas nous qui allons vers lui depuis notre passé. C'est lui qui vient vers nous. Nous ne bougeons pas dans notre présent. C'est l'à-venir qui se déplace.
Rétrocausalité.
La rétrocausalité est inscrite dans notre langue. L'avenir, littéralement, se déplace vers nous. Guillemant a raison.
La vraie question est : sommes-nous capables d'ingérer consciemment cette vérité apparemment invisible ? D'en saisir les implications. Sommes-nous capables de l'observer dans l'instant présent. Ainsi, si je regarde autour de moi, le futur est déjà là. Puis-je le voir ?
Pour voir, il faut de la lumière.
Quel genre de lumière peut éclairer le futur dans le présent ?
A moins que ça ne soit mon regard...
Quel genre de regard peut voir la lumière qui éclaire le futur dans le présent ?
Beaucoup disent que le Livre Rouge est prophétique. C'est le livre de celui qui a vu et ayant vu, il sait. Ce n'est pas pour rien (ni par hasard) que Jung a travaillé avec le Prix Nobel de physique Wolfgang Pauli sur la question de la synchronicité, de la relation entre l'esprit et la matière. Pauli dont il se dit qu'il était très proche de la grande Marie-Louise von Franz.